Salif du 92, le rappeur préféré de ton rappeur préféré.
Il y a des artistes qui marquent leur époque. Et puis il y a ceux qui marquent les artistes eux-mêmes. Salif est de ceux-là, une ombre imposante dont l’influence traverse les générations sans chercher la lumière. Il grandit à Boulogne-Billancourt, au Pont de Sèvres, où il comprend très tôt que le rap sera une manière de disséquer le réel. À 13 ans, il forme Nysay avec EXS et se fait remarquer par Zoxea et le collectif Beat De Boul. Il apprend dans l’ombre, forge une plume dense, habitée.
La rencontre avec Kool Shen l’amène dans IV My People. Avec Tous ensemble, chacun pour soi (2001), il impose un rap introspectif, exigeant. Entre Nysay et ses projets solo (Boulogne Boy, Prolongations), il construit une œuvre marquante. Curriculum Vital (2009) confirme sa maturité, puis Qui m’aime me suive (2010) élargit encore son univers.
Puis, sans bruit, il s’efface. Mais son empreinte reste. Fianso lui rend hommage en reprenant Ghetto Youth, SCH prolonge cette noirceur, Guizmo, DA Uzi, Lesram ou Ninho s’inscrivent, chacun à leur manière, dans cette exigence.
Dans le milieu, une phrase revient : « le rappeur préféré de ton rappeur préféré ».
Aujourd’hui, Salif est une légende vivante. Le public ne l’a jamais abandonné : il l’a compris, respecté, suivi. Car Salif n’a jamais cherché à plaire, seulement à être juste. Et le rap, lui, ne l’a jamais oublié.